Estime de soi quand on vit avec l’obésité : se reconstruire, pas à pas
Quand on est en situation d’obésité, on ne porte pas seulement un corps : on porte souvent des regards, des remarques, parfois des humiliations, de l’exclusion, ou même des jugements dans des lieux où l’on devrait se sentir en sécurité (école, travail, soins).
Beaucoup finissent par se dire “Si on me traite comme ça, c’est que je le mérite.”
Non. Ce que vous avez vécu n’est pas une preuve de votre valeur.
Et il y a un point important à rappeler tout de suite, c’est que l’obésité n’est pas une simple affaire de “volonté”. Les connaissances actuelles décrivent l’obésité comme une maladie chronique, influencée par des interactions complexes (biologie, génétique, environnement, facteurs psycho-sociaux, etc.).
Le problème, c’est que la société raconte souvent une autre histoire … “tu n’as qu’à…” … et cette histoire abîme l’estime de soi.
Cet article est là pour vous aider à reprendre votre place intérieure, à retrouver du respect pour vous-même, de la douceur, et une confiance plus solide que l’approbation des autres.
Estime et confiance en soi, image corporelle … pourquoi l’estime de soi souffre autant quand on est stigmatisé·e ?
Avant d’aller plus loin, prenons une minute pour mettre des mots sur ces notions qui se ressemblent, mais qui ne racontent pas la même chose.
L’estime de soi, c’est la valeur que vous vous accordez “Je mérite du respect, même imparfait·e.”
La confiance en soi, c’est la croyance en vos capacités “Je peux faire face / apprendre / progresser.”
L’image corporelle, c’est la relation à votre corps (pensées, émotions, sensations, regard).
Quand le poids devient un motif de jugement social, c’est souvent l’estime de soi qui est la plus mise à mal, parce que la personne n’est plus seulement critiquée sur un aspect, elle est réduite à cet aspect.
Des données montrent que la stigmatisation liée au poids (remarques, blagues, jugements, discrimination, “conseils” non demandés, regard qui pèse) peut avoir des conséquences très concrètes sur la vie quotidienne. Elle n’est pas rare : chez les adultes vivant avec l’obésité, des travaux rapportent des niveaux importants de discrimination liée au poids.
OSE vous donne 7 leviers pour reconstruire votre estime de soi (sans se mentir … et sans se forcer)
1) Séparer “ma valeur” de “mon apparence”
On peut travailler l’image corporelle… mais l’estime de soi devient plus solide quand elle repose sur autre chose que la forme du corps.
Exercice (5 minutes)
Faites 3 colonnes :
-
Ce que je suis (qualités, intentions, valeurs)
-
Ce que je fais (efforts, gestes, responsabilités)
-
Ce qui compte pour moi (famille, justice, humour, créativité, entraide…)
L’objectif est de remettre votre identité au bon endroit.
Vous êtes une personne entière, pas un verdict.
2) Repérer la “voix de la honte” (souvent apprise)
Après des années de remarques, on finit parfois par parler de soi comme les autres l’ont fait. C’est une forme de stigmatisation intériorisée : “Je suis nul·le”, “Je dégoûte”, “Je ne mérite pas”.
Voici une mini-technique pour vous aider (30 secondes)
Quand une phrase dure apparaît, ajoutez devant :
“Je remarque que j’ai la pensée que…”
Ex : “Je remarque que j’ai la pensée que je ne mérite pas d’être aimé·e.”
Bien sûr, ça ne supprime pas la douleur, mais ça crée une distance, et une pensée n’est pas un fait.
3) Utiliser l’auto-compassion (ce n’est pas “se trouver des excuses”)
L’auto-compassion, c’est apprendre à se traiter avec la même humanité qu’un proche.
Des essais montrent qu’une approche d’auto-compassion peut améliorer des dimensions de l’image corporelle (moins de honte/insatisfaction, plus d’appréciation du corps).
Exercice simple (2 minutes)
Posez une main sur votre poitrine (ou sur votre bras)
Dites intérieurement :
1. “Là, c’est difficile.” (reconnaître)
2. “Je ne suis pas seul·e à vivre ça.” (humanité commune)
3. “Je peux être doux/douce avec moi, maintenant.” (bienveillance)
L’auto-compassion ne nie pas la réalité, elle vous évite de vous ajouter une couche de violence !
4) Passer de “l’apparence” à la “fonction” (neutralité corporelle)
Certaines journées, “aimer son corps” semble inaccessible.
La neutralité corporelle, c’est une alternative : respecter son corps pour ce qu’il permet.
Exercice (1 minute par jour)
Notez 1 phrase :
“Aujourd’hui, mon corps m’a permis de…”
(marcher jusqu’au magasin, serrer quelqu’un dans les bras, respirer, rire, travailler, tenir…).
Non ce n’est pas naïf, c’est une façon de rebrancher votre cerveau sur le réel, pas sur la honte.
5) Mettre des limites au “bruit” (personnes, réseaux, situations)
Votre estime de soi n’a pas à être exposée en permanence à ce qui la détruit.
Faites le tri sur les contenus (entre autres) qui déclenchent comparaison et dégoût de soi (réseaux sociaux, séries télé, amis, proches, …)
Préparez une phrase de limite pour les remarques :
1. “Je ne veux pas parler de mon poids.”
2. “Ces commentaires me font du mal, j’arrête la conversation.”
3. “Je te demande du respect.”
Mettre une limite, ce n’est pas être “susceptible”. C’est se protéger et penser à soi avant tout.
6) Revenir à des “preuves” de compétence (confiance en soi)
La confiance remonte quand on accumule des expériences de réussite réalistes, même si elles sont petites.
Voici une routine de 7 jours (micro-objectifs) pour vous aider
Choisissez 1 action minuscule par jour, tenue à 70% plutôt que parfaite :
-
5 minutes de marche / d’étirements
-
un repas sans écran
-
appeler une personne ressource
-
préparer une tenue dans laquelle vous vous sentez bien
-
prendre un rendez-vous de santé (si c’est possible pour vous)
Le message que vous devez envoyer au cerveau est “Je me respecte assez pour agir pour moi.”
7) Se faire accompagner sans jugement (et c’est légitime) par OSE, un psychologue, un coach, qui vous voulez
La qualité du regard médical et social compte.
Des recommandations françaises insistent sur la nécessité de prévenir et d’accompagner la stigmatisation dans les parcours de soins.
Si vous avez vécu des consultations humiliantes, vous avez le droit de chercher un cadre plus respectueux (et d’y aller accompagné·e si ça aide).
OSE Loire c’est la seule association loi 1901 dans la Loire au service des personnes en surpoids, en obésité ou ayant eu une chirurgie bariatrique.
Notre association est entièrement numérique, gratuite et sans adhésion.
Répondre aux remarques -> 3 phrases prêtes à l’emploi
Version zen :
“Je comprends que tu aies un avis, mais je ne veux pas de commentaires sur mon corps.”
Version plus claire et sèche :
“C’est blessant. J’arrête là.”
Version « spéciale Michel » :
“Si tu veux m’aider, parle-moi de moi, pas de mon poids. Sinon tu peux prendre la porte.”
Vous n’avez pas à convaincre, parce que certaines personnes ne cherchent pas à comprendre.
Elles cherchent à juger, à avoir raison, ou à se sentir supérieures.
Dans ces moments-là, expliquer encore et encore peut vous épuiser, vous faire douter de vous, et vous laisser avec une sensation d’injustice.
Vous avez à vous protéger : c’est-à-dire choisir ce que vous acceptez, ce que vous refusez, et à qui vous donnez accès à votre intimité.
Mettre une limite n’est pas un manque de politesse, c’est un acte de respect envers vous-même.
Pour finir notre article
Reprendre confiance quand on vit avec l’obésité ne veut pas dire “ne plus jamais souffrir” du regard des autres. Cela veut dire apprendre, peu à peu, à ne plus laisser ce regard définir votre valeur. Ce que vous avez vécu peut laisser des traces, mais ces traces ne racontent pas qui vous êtes : elles racontent surtout ce que vous avez traversé. Et vous avez le droit de vous reconstruire à votre rythme, avec des outils simples, des limites claires, et une bienveillance qui commence par vous.
Et si, malgré vos efforts, vous vous sentez coincé·e dans la honte, l’isolement, l’anxiété, la tristesse, ou si votre relation à l’alimentation devient très douloureuse, se faire aider peut changer beaucoup de choses. Ce n’est pas un aveu de faiblesse, c’est un geste de protection et de respect.
Si vous évitez les soins par peur d’être jugé·e, sachez aussi que ce mécanisme est reconnu. La stigmatisation peut décourager le recours aux soins. Vous méritez un accompagnement où l’on vous considère pleinement, sans vous réduire à un chiffre sur une balance.
Alors gardez ceci en tête, vraiment : votre corps n’est pas un tribunal.
Votre valeur n’est pas négociable.
La honte ment. Elle parle fort, mais elle n’a pas raison.
On peut chercher la santé sans se détester. Et on peut se respecter dès maintenant.
Note : cet article propose des repères éducatifs et ne remplace pas un avis médical ou psychologique personnalisé.
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